Nutrition

Édulcorants : faux sucres, vrais bienfaits ou risques ?

Selon l'Anses, son évaluation n'a démontré aucun bénéfice des édulcorants intenses sur le contrôle du poids, et aucun élément probant n'encourage à remplacer les sucres par eux. L'OMS (15 mai 2023) déconseille de les utiliser pour contrôler son poids. Pour l'aspartame, la dose journalière admissible est de 40 mg par kilo de poids corporel.

Relecture médicale en cours. Ces informations ne remplacent pas l'avis d'un professionnel de santé.

Édulcorants et alternatives au sucre

Publié le 23 octobre 2026. Relecture médicale en cours. Aspartame, stévia, sucralose : les édulcorants donnent un goût sucré avec très peu ou pas de calories, et leur intérêt comme leurs risques font débat. Cette page rapproche ce que disent l'Anses, l'Organisation mondiale de la santé (OMS), le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) et l'Inserm, avec leurs dates et leurs limites. Les sources ne vont pas toutes dans le même sens, et la page le dit.

À retenir

  • Anses (page du 18 mars 2024 ; avis du 19 novembre 2014 révisé le 9 janvier 2015) : aucun bénéfice démontré sur le contrôle du poids, la glycémie des diabétiques ou l'incidence du diabète de type 2, et pas d'élément probant pour encourager la substitution des sucres par des édulcorants.
  • OMS (15 mai 2023) : recommandation « conditionnelle » de ne pas utiliser les édulcorants sans sucre pour contrôler son poids ni pour réduire le risque de maladies non transmissibles ; elle ne s'applique pas aux personnes qui ont un diabète préexistant.
  • Aspartame : dose journalière admissible de 40 mg par kilo de poids corporel, confirmée par le JECFA le 14 juillet 2023 ; le CIRC l'a classé dans le groupe 2B, « peut-être cancérogène », sur la base d'indices limités ; ce classement ne dit pas quel est le risque à une dose donnée.
  • Inserm (8 septembre 2022) : une étude de cohorte suggère une association entre la consommation d'édulcorants et le risque de maladies cardiovasculaires ; ces résultats doivent être reproduits et confirmés.
  • Anses et OMS convergent sur un point : réduire globalement le goût sucré de l'alimentation, plutôt que remplacer le sucre par un autre sucrant.

Que sont les édulcorants ?

Selon l'Anses, les édulcorants intenses sont des additifs alimentaires utilisés pour donner une saveur sucrée aux aliments. Ils sont chimiquement très divers, synthétiques ou d'origine végétale, et leur pouvoir sucrant est de plusieurs dizaines à plusieurs milliers de fois supérieur à celui du sucre de table. L'aspartame, les extraits de stévia (glycosides de stéviol), le sucralose et l'acésulfame K en font partie. Dans l'Union européenne, ils sont soumis à une évaluation de l'Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa), puis la Commission européenne fixe une liste positive précisant les aliments où ils peuvent être ajoutés et les doses maximales autorisées.

L'OMS retient une définition plus large pour sa recommandation de 2023 : tous les édulcorants sans sucre, synthétiques ou naturels, vendus seuls ou ajoutés aux aliments et boissons, comme l'acésulfame K, l'aspartame, l'advantame, les cyclamates, le néotame, la saccharine, le sucralose, la stévia et ses dérivés. Les sucres à faible teneur calorique et les polyols n'en font pas partie, ni les produits d'hygiène ou les médicaments.

Aident-ils à contrôler son poids ?

Ce que disent l'Anses, l'OMS et l'Inserm sur les édulcorants, avec la date de chaque source
SourceCe qu'elle écritLimites signalées
Anses (page du 18 mars 2024 ; avis du 19 novembre 2014 révisé le 9 janvier 2015)Aucun bénéfice démontré sur le contrôle du poids, la glycémie des diabétiques ou l'incidence du diabète de type 2. Pas de lien établi avec l'habituation au goût sucré, ni avec des risques accrus de diabète ou de cancersDéficit de données pertinentes sur les bénéfices potentiels ; besoin de nouveaux travaux sur bénéfices et risques. Cette évaluation est antérieure aux études Inserm de 2022
OMS (15 mai 2023)Recommande de ne pas utiliser les édulcorants sans sucre pour contrôler son poids ni réduire le risque de maladies non transmissibles. Sa revue systématique ne montre aucun bénéfice à long terme sur la masse grasse chez l'adulte ou l'enfant, et signale des effets indésirables possibles à long terme (diabète de type 2, maladies cardiovasculaires, mortalité chez l'adulte)Recommandation conditionnelle : le lien observé pourrait être faussé par les caractéristiques de départ des participants et la complexité des usages. Ne s'applique pas aux personnes qui ont un diabète préexistant
Inserm, cohorte NutriNet-Santé (8 septembre 2022)Sur 103 388 adultes français suivis de 2009 à 2021, les résultats suggèrent une association entre la consommation totale d'édulcorants et un risque accru de maladies cardiovasculaires, plus précisément cérébrovasculaires. L'aspartame est plus associé aux maladies cérébrovasculaires, l'acésulfame K et le sucralose aux maladies coronariennesDes recherches dans d'autres cohortes à grande échelle sont nécessaires pour reproduire et confirmer ces résultats (Inserm)

L'Inserm rappelle aussi, dans un point du 4 février 2025, que deux études de ses équipes publiées en 2022 suggéraient une association entre la consommation d'édulcorants et un risque accru de cancer et de maladies cardiovasculaires. Ce sont des associations observées dans des cohortes. À propos des données de sa propre revue, l'OMS note que le lien observé entre édulcorants et maladies pourrait être faussé par les caractéristiques de départ des participants et la complexité des usages, ce qui l'a conduite à qualifier sa recommandation de conditionnelle.

L'aspartame est-il dangereux ?

L'Anses rapporte que l'Efsa a conclu, dans son avis du 10 décembre 2013, que la dose journalière admissible (DJA) de 40 mg par kilo de poids corporel et par jour était protectrice pour la population générale, à l'exception des personnes qui ont une phénylcétonurie. Le 14 juillet 2023, le CIRC et le comité d'experts FAO/OMS sur les additifs alimentaires (JECFA) ont publié deux évaluations indépendantes mais complémentaires. Le CIRC a classé l'aspartame comme peut-être cancérogène pour l'homme (groupe 2B), en citant des indices limités, précisément pour le carcinome hépatocellulaire, un cancer du foie. Le JECFA a réaffirmé la DJA de 0 à 40 mg par kilo.

L'OMS précise que le groupe 2B est le troisième niveau le plus élevé sur quatre de la classification du CIRC et que cette classification reflète la solidité des preuves, pas le risque de développer un cancer à une dose donnée. Selon le même communiqué, un adulte de 70 kg devrait boire plus de 9 à 14 canettes de soda light par jour, contenant 200 ou 300 mg d'aspartame, pour dépasser la DJA, en supposant qu'il n'en consomme pas par ailleurs. Selon Francesco Branca (OMS), les évaluations indiquent que la sécurité n'est pas une préoccupation majeure aux doses couramment utilisées, tout en décrivant des effets potentiels qui doivent être étudiés par des études plus nombreuses et de meilleure qualité.

Faut-il remplacer le sucre par des édulcorants ?

L'Anses estime qu'il n'existe pas d'élément probant permettant d'encourager, dans une politique de santé publique, la substitution des sucres par des édulcorants intenses. Selon elle, la réduction des apports en sucres doit passer par la baisse globale du goût sucré de l'alimentation, dès le plus jeune âge, et les boissons édulcorées ou sucrées ne doivent pas remplacer l'eau. Francesco Branca, directeur de la nutrition et de la sécurité sanitaire des aliments à l'OMS, dit dans le même sens que remplacer les sucres libres par des édulcorants n'aide pas à contrôler le poids à long terme, et qu'il vaut mieux réduire la douceur de l'alimentation dès le plus jeune âge, par exemple avec des fruits ou des aliments non sucrés.

Côté repère sur les sucres, l'OMS (26 janvier 2026) recommande de limiter les sucres libres à moins de 10 % de l'énergie quotidienne, soit 50 g pour une personne de poids normal qui consomme environ 2 000 calories par jour, et indique qu'aller jusqu'à 5 % ou moins peut apporter des bénéfices supplémentaires.

Quand consulter ?

Les sources lues désignent deux situations particulières : l'Efsa exclut de la DJA de l'aspartame les personnes atteintes de phénylcétonurie, et l'OMS exclut de sa recommandation les personnes qui ont un diabète préexistant. Si vous êtes dans l'un de ces cas, ou si vous consommez régulièrement des produits édulcorés et que vous vous posez des questions sur votre santé, parlez-en à votre médecin ou à un diététicien. Ces informations ne remplacent pas l'avis d'un professionnel de santé.

Ce que l'on ne peut pas affirmer

  • Les pages lues ne classent pas les édulcorants entre eux et ne donnent pas de dose journalière admissible pour la stévia, le sucralose ou l'acésulfame K.
  • Elles ne disent pas qu'un édulcorant précis provoque une maladie : les études de l'Inserm décrivent des associations, que l'Inserm demande à confirmer.
  • La page de l'Anses lue ne traite pas de la grossesse.
  • Aucune source lue ne dit qu'une boisson édulcorée est préférable à une boisson sucrée, ou l'inverse, pour la santé.

Questions fréquentes

Quelle est la référence pour un adulte ?

Pour l'aspartame, la dose journalière admissible est de 40 mg par kilo de poids corporel et par jour (Efsa, 10 décembre 2013, confirmée par le JECFA le 14 juillet 2023). Pour les sucres libres, l'OMS (26 janvier 2026) recommande moins de 10 % de l'énergie quotidienne.

Quand consulter ?

Si vous avez une phénylcétonurie ou un diabète, ou si vous vous interrogez sur une consommation régulière de produits édulcorés, parlez-en à votre médecin ou à un diététicien : la phénylcétonurie est exclue de la dose admissible de l'aspartame (Efsa) et le diabète préexistant de la recommandation de l'OMS.

Les édulcorants font-ils maigrir ?

Les sources lues ne le montrent pas. L'Anses n'a démontré aucun bénéfice sur le contrôle du poids, et l'OMS (15 mai 2023) ne retient aucun bénéfice à long terme sur la masse grasse chez l'adulte ou l'enfant.

L'aspartame est-il cancérogène ?

Le CIRC l'a classé dans le groupe 2B, peut-être cancérogène pour l'homme, sur la base d'indices limités (communiqué du 14 juillet 2023). L'OMS précise que cette classification reflète la solidité des preuves, pas le risque à une dose donnée.

Combien de canettes de soda light faut-il boire pour dépasser la dose admissible ?

Selon l'OMS, un adulte de 70 kg devrait boire plus de 9 à 14 canettes par jour, contenant 200 ou 300 mg d'aspartame, pour dépasser la dose journalière admissible, en supposant qu'il n'en consomme pas par ailleurs.

La stévia est-elle concernée par la recommandation de l'OMS ?

Oui. L'OMS cite la stévia et ses dérivés parmi les édulcorants sans sucre visés par sa recommandation de 2023, avec l'aspartame, le sucralose, l'acésulfame K, la saccharine, les cyclamates, le néotame et l'advantame.

Peut-on remplacer l'eau par une boisson édulcorée ?

Non, selon l'Anses : elle recommande que les boissons édulcorées et les boissons sucrées ne se substituent pas à la consommation d'eau.

Que dit l'Inserm sur les édulcorants ?

Dans la cohorte NutriNet-Santé, les résultats de l'Inserm suggèrent une association entre la consommation d'édulcorants et un risque accru de maladies cardiovasculaires (8 septembre 2022). Il précise que ces résultats doivent être reproduits et confirmés.

Sources

  1. Anses, « Les édulcorants intenses », article du 18 mars 2024 (évaluation de 2011, avis et rapport du 19 novembre 2014 révisé le 9 janvier 2015), lu le 23 octobre 2026
  2. Organisation mondiale de la santé (OMS), « WHO advises not to use non-sugar sweeteners for weight control in newly released guideline », 15 mai 2023, lu le 23 octobre 2026
  3. OMS, Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) et JECFA, « Aspartame hazard and risk assessment results released », communiqué du 14 juillet 2023, lu le 23 octobre 2026
  4. Inserm (Salle de presse), « La consommation d'édulcorants serait associée à un risque accru de maladies cardiovasculaires », 8 septembre 2022, lu le 23 octobre 2026
  5. Inserm (Salle de presse), « Deux études de l'Inserm ont suggéré une association entre la consommation d'édulcorants et un risque accru de cancer et de maladies cardiovasculaires », 4 février 2025, lu le 23 octobre 2026
  6. Organisation mondiale de la santé (OMS), « Healthy diet », aide-mémoire du 26 janvier 2026, lu le 23 octobre 2026

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