Douleur chronique et kinésithérapie : ce que disent la HAS et Cochrane

Que dit la HAS de la douleur chronique, quelle place a le kinésithérapeute dans le parcours, et que montrent les revues Cochrane sur l'exercice ? Repères prudents.

Une douleur qui dure depuis des mois pose une question autre que celle d'une douleur récente : qui s'en occupe, avec quels moyens, et que peut-on en attendre ? Cette page rassemble ce que disent la Haute Autorité de santé (HAS), l'ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament) et les revues Cochrane sur la douleur chronique et sur la place du kinésithérapeute. Elle ne promet aucun résultat et ne remplace ni l'avis de votre médecin ni celui de votre kiné.

Relecture médicale en cours. Publié le 19 octobre 2026, mis à jour le 19 octobre 2026. Ces informations ne remplacent pas l'avis d'un professionnel de santé.

Selon la HAS, la douleur chronique établie dure par définition plus de 3 mois, et sa prise en charge vise rarement la disparition de la douleur : elle cherche d'abord à réduire le handicap. Le masseur-kinésithérapeute fait partie de l'équipe de soins de ville, aux côtés du médecin traitant, selon la HAS.

L'essentiel en 5 points

  • Selon la HAS, une douleur chronique établie dure par définition plus de 3 mois ; entre 6 semaines et 3 mois, on parle de douleur subaiguë ou persistante.
  • Selon la HAS, l'objectif est rarement la disparition de la douleur, mais avant tout de réduire le handicap et d'améliorer la qualité de vie.
  • Selon la HAS, la prise en charge est le plus souvent réadaptative, multimodale et de longue durée, et mobilise le médecin traitant, le kiné, l'infirmier, le pharmacien et le psychologue.
  • Selon une vue d'ensemble Cochrane de 2017, l'activité physique a réduit la douleur et amélioré la fonction physique, avec des preuves de faible qualité.
  • Selon la HAS, la première évaluation d'une douleur chronique revient en général au médecin traitant.

Qu'appelle-t-on une douleur chronique ?

La HAS distingue plusieurs durées. Selon son guide de janvier 2023, une douleur subaiguë ou persistante est présente depuis quelques semaines, en général plus de 6 semaines et moins de 3 mois chez l'adulte, et son risque principal est le passage à la chronicité. La douleur chronique établie est, par définition, d'une durée de plus de 3 mois.

Durée de la douleur et vocabulaire, d'après la HAS (guide de janvier 2023) et l'ANSM, lus le 2026-10-19
SituationDuréeCe que disent les sources
Douleur aiguëCourte duréeSelon l'ANSM, elle joue un rôle d'alarme et disparaît quand son origine disparaît
Douleur subaiguë ou persistanteEn général plus de 6 semaines et moins de 3 mois chez l'adulteSelon la HAS, le risque principal est son passage à la chronicité
Douleur chronique établiePlus de 3 moisSelon l'ANSM, elle perd sa signification de signal d'alarme et a un retentissement important sur le quotidien

L'ANSM écrit que les douleurs chroniques sont difficiles à traiter et ont un retentissement important sur le quotidien. La HAS évoque près de 20 millions de personnes, adultes et enfants, souffrant de douleur chronique en France. Cochrane donne, de son côté, une prévalence moyenne pondérée de 20 % chez l'adulte. Ces deux chiffres viennent de sources différentes et ne se recoupent pas exactement : ils donnent un ordre de grandeur.

Quels objectifs une prise en charge se fixe-t-elle ?

Selon la HAS, l'objectif de la prise en charge d'une douleur chronique est rarement la résolution de la douleur, mais avant tout de réduire le handicap qui l'accompagne et d'améliorer la qualité de vie. Dans sa fiche de décembre 2024, elle vise une diminution de la douleur à un niveau acceptable pour le patient, et rendre possibles les activités de la vie quotidienne.

La HAS précise que cette prise en charge est centrée sur le patient, élaborée et mise en œuvre avec son accord et sa participation. Elle est parfois curative, le plus souvent réadaptative, multimodale et de longue durée. Elle associe des traitements médicamenteux et non médicamenteux, et éventuellement des techniques interventionnelles. Cette page ne donne aucun nom de médicament ni aucune dose.

Quelle place pour le kinésithérapeute ?

Selon la HAS, l'équipe de soins primaires qui prend en charge ces patients se compose principalement du médecin traitant, de l'infirmier, du masseur-kinésithérapeute, du pharmacien et du psychologue. Le niveau 1, celui des soins en ville, doit pouvoir prendre en charge l'essentiel des patients douloureux chroniques.

Le guide de la HAS cite aussi l'article R. 4321-85 du code de déontologie des masseurs-kinésithérapeutes : le kiné s'efforce de soulager les souffrances du patient par des moyens appropriés à son état. L'ANSM range la kinésithérapie parmi les alternatives non médicamenteuses à envisager, avec la relaxation, la sophrologie, l'hypnose et la neurostimulation.

Les fiches ne précisent pas le contenu d'une séance de kinésithérapie pour la douleur chronique en général : il dépend de la cause, du bilan et de la prescription. Pour savoir ce que fait un kiné lors d'un premier rendez-vous, voir la page sur le bilan kinésithérapique.

Que montre la recherche sur l'exercice ?

La vue d'ensemble Cochrane publiée en 2017 (Geneen et coll., en anglais) a inclus 21 revues, 381 études et 37 143 participants. Elle décrit des programmes variés : aérobie, renforcement, souplesse, amplitude des mouvements, équilibre, yoga, Pilates et tai-chi. Selon ses auteurs, aucune revue n'a étudié la « douleur chronique » en général : chacune portait sur une affection précise.

Activité physique et douleur chronique, vue d'ensemble Cochrane (2017, en anglais), lue le 2026-10-19
PointCe que dit Cochrane
Effet sur la douleur et la fonctionL'activité physique a réduit la douleur et amélioré la fonction physique, avec un effet variable sur le psychisme et la qualité de vie
CohérenceCes résultats n'ont pas été retrouvés dans toutes les études
Qualité des preuvesFaible ; la plupart des études comptaient moins de 50 participants au total
Intensité de la douleur étudiéeSurtout légère à modérée, pas modérée à sévère
SuiviRarement évalué au-delà de 3 à 6 mois
SécuritéPas de dommage selon les données disponibles, mais seulement 25 % des études rapportaient les effets nocifs ; les courbatures du début s'atténuent à mesure qu'on s'adapte

Ces résultats ne désignent pas un exercice à faire seul. Ils ne disent pas non plus quelle dose convient, ni pour quelle douleur : un exercice adapté se décide avec un professionnel. Si une douleur augmente pendant un exercice, arrêtez et demandez conseil à votre kiné ou à votre médecin (consigne de la rédaction).

Qu'est-ce que l'éducation et l'autogestion ?

Selon la HAS, la prise en charge doit favoriser l'autogestion par le patient et justifie une éducation pour la santé, voire une éducation thérapeutique. Elle cite parmi les ressources utiles du parcours les programmes d'activité physique adaptée et d'éducation thérapeutique, et mentionne que leur prise en charge par l'assurance maladie peut être conventionnée ou non. Renseignez-vous auprès de votre médecin et de votre caisse.

La HAS demande aussi de prémunir contre toute dérive au regard de l'emploi d'interventions dites non conventionnelles. Si une offre promet de supprimer la douleur ou d'arrêter vos traitements, parlez-en d'abord à votre médecin (consigne de la rédaction).

Quand consulter et à qui s'adresser ?

Selon la HAS, sauf exception, la première évaluation d'une douleur chronique ou en voie de chronicisation est réalisée par le médecin traitant. La HAS précise que les situations d'urgence, qu'elle appelle drapeaux rouges, doivent toujours être éliminées et que les facteurs de chronicisation, ou drapeaux jaunes, sont recherchés.

À qui s'adresser selon la situation : repères de la HAS et de l'ANSM, complétés par la rédaction
SituationInterlocuteurOrigine
Douleur de plus de 6 semaines (douleur qui revient souvent : repère de la rédaction)Médecin traitant pour une première évaluationHAS pour les 6 semaines ; rédaction pour « revient souvent »
Douleur qui résiste à des traitements bien conduits en ville (douleur rebelle)Le médecin peut solliciter une structure douleur chronique ; le patient n'y accède que par un médecinHAS, ANSM
Douleur nouvelle, forte ou qui change de natureConsulter son médecin sans attendreConsigne de la rédaction
Signe grave : douleur thoracique, difficulté à respirer, malaise, faiblesse brutaleAppeler le 15 ou le 112Consigne de la rédaction

Selon l'ANSM, les structures spécialisées dans les douleurs chroniques sont localisées dans des établissements de santé et labellisées par les agences régionales de santé. Les patients n'y accèdent que par l'intermédiaire de leur médecin traitant ou d'un médecin spécialiste. En cas de signe grave, appelez le 15 ou le 112 (consigne de la rédaction).

Comment suivre sa douleur au quotidien ?

Selon la HAS, le repérage et l'évaluation de la douleur s'appuient sur des outils validés pour la population concernée, et la HAS a édité un auto-questionnaire à destination de l'adulte douloureux chronique, destiné à faciliter l'évaluation par le médecin en ville. Pour les échelles de 0 à 10, voir la page sur l'échelle de la douleur.

Ces repères de suivi sont des suggestions de la rédaction, pas une méthode validée. Ils servent à préparer la consultation et non à décider seul d'un changement de traitement.

À lire aussi

Sources et références

Questions fréquentes

À partir de quand une douleur est-elle chronique ?

Selon la HAS, une douleur chronique établie est d'une durée de plus de 3 mois, et une douleur présente depuis plus de 6 semaines et moins de 3 mois est dite subaiguë ou persistante chez l'adulte. Selon l'ANSM, passé ce délai, elle perd sa signification de signal d'alarme.

Le kiné peut-il supprimer une douleur chronique ?

Selon la HAS, l'objectif d'une prise en charge est rarement la résolution de la douleur, mais avant tout de réduire le handicap et d'améliorer la qualité de vie. Le kiné fait partie d'une équipe, sous la coordination du médecin traitant.

Faut-il faire de l'exercice avec une douleur chronique ?

Selon une vue d'ensemble Cochrane de 2017, l'activité physique a réduit la douleur et amélioré la fonction physique, avec des preuves de faible qualité et des résultats non retrouvés dans toutes les études. Le type d'exercice se choisit avec un professionnel. Arrêtez si la douleur augmente (consigne de la rédaction).

L'exercice risque-t-il d'aggraver la douleur ?

Selon la vue d'ensemble Cochrane, l'activité physique n'a pas causé de dommage selon les données disponibles, mais seulement 25 % des études rapportaient les effets nocifs. Les courbatures du début s'atténuent à mesure que les participants s'adaptent. Parlez de vos craintes à votre kiné.

Qui consulter en premier pour une douleur chronique ?

Selon la HAS, sauf exception, la première évaluation revient au médecin traitant, qui peut mobiliser l'équipe de soins de ville, dont le kiné, et solliciter au besoin une structure douleur chronique. Selon l'ANSM, ces structures ne sont accessibles que par un médecin.

Qu'est-ce qu'une structure douleur chronique ?

Selon l'ANSM, ce sont des structures spécialisées localisées dans des établissements de santé et labellisées par les agences régionales de santé. Selon la HAS, elles sont sollicitées pour les douleurs rebelles, c'est-à-dire résistantes aux traitements bien conduits en ville.

Quand consulter ou appeler le 15 ?

Selon la HAS, la première évaluation revient en général au médecin traitant. Consultez sans attendre une douleur nouvelle, forte ou qui change de nature (consigne de la rédaction). En cas de signe grave, appelez le 15 ou le 112 (consigne de la rédaction).