Protocole de chute en EHPAD : prévention, surveillance après une chute et signalement

La HAS n'impose pas un protocole unique, mais elle recommande à chaque établissement de disposer d'une procédure décrivant la conduite à tenir en cas de chute, connue de tous les professionnels 3. Elle demande aussi d'évaluer le risque de chute dès l'arrivée du résident, de tracer toutes les chutes et de déclarer les chutes graves 3.

Publié le 16 octobre 2026. Mis à jour le 16 octobre 2026. Par l'équipe éditoriale Chutex. Relecture médicale en cours.

L'essentiel en chiffres

  • Selon la Haute Autorité de santé (rapport de juillet 2026), 1 113 des 2 307 événements indésirables graves déclarés en lien avec des EHPAD entre mars 2017 et juin 2025 concernaient des chutes, soit 48,2 %.1
  • Selon la HAS, les chutes ont le plus souvent eu lieu dans la chambre ou la salle à manger, et 614 des 746 probables déficits fonctionnels permanents déclarés (55,1 %) faisaient suite à une chute, le plus souvent une fracture du col du fémur.1
  • Selon la HAS (recommandation de 2009), après des chutes répétées chez une personne de plus de 65 ans, il faut réévaluer la personne dans un délai d'une semaine pour rechercher des signes de gravité apparus à distance.4
  • Selon la HAS, il existe une sous-déclaration importante des événements indésirables graves en France : ces chiffres éclairent les circonstances des accidents déclarés, sans mesurer leur fréquence réelle.2

Existe-t-il un protocole national de chute pour les EHPAD ?

Dans les documents de la Haute Autorité de santé lus pour cette page, il n'y a pas de protocole national unique, avec une liste d'actions chronométrées, à appliquer après une chute en EHPAD. Cette page ne l'invente pas.

Ce que la HAS recommande, c'est que chaque établissement dispose d'une procédure décrivant la conduite à tenir en cas de chute, connue de l'ensemble des professionnels, y compris les intérimaires 3. Le contenu de cette procédure relève de l'établissement et de son médecin coordonnateur.

Les documents officiels fournissent en revanche des repères solides : évaluer le risque, tracer les chutes, rechercher les signes de gravité, déclarer les chutes graves et analyser les causes. Les sections suivantes les reprennent un par un.

Pourquoi les chutes concernent-elles autant les EHPAD ?

Sur 2 307 déclarations d'événements indésirables graves associés aux soins analysées par la HAS entre mars 2017 et juin 2025, 1 113 concernaient des chutes, soit 48,2 %. En 2024, elles représentaient 56 % des déclarations reçues cette année-là, soit 399 sur 711 1.

Les chutes ont eu lieu le plus souvent dans la chambre du résident ou dans la salle à manger, mais aussi dans un escalier (69 déclarations) et, plus rarement, dans le jardin ou lors d'une sortie 1. Les probables déficits fonctionnels permanents ont été le plus souvent consécutifs à des chutes (614 sur 746, soit 55,1 %), avec majoritairement une fracture du col du fémur 1.

La HAS précise que la presque totalité des résidents ont plus de 65 ans et présentent des pathologies complexes et de nombreuses comorbidités 1. Elle rappelle aussi qu'il existe une sous-déclaration importante : ces chiffres ne mesurent pas la fréquence réelle des chutes en EHPAD 2.

À l'échelle nationale, le rapport cite 174 824 hospitalisations en lien avec une chute chez les personnes de plus de 65 ans en 2024, et 20 148 décès en lien avec une chute 1.

Que recommande la HAS pour prévenir les chutes en établissement ?

Le rapport de juillet 2026 demande de mettre en œuvre les recommandations existantes sur la prévention des chutes, par une stratégie volontariste et multifactorielle sur le long terme 1. Elle porte prioritairement sur les points suivants.

Les analyses de 2021 ajoutent que l'évaluation du risque doit être faite en équipe dès l'arrivée du résident, que ses résultats doivent être disponibles dans le dossier et transmis aux acteurs de la prise en charge, y compris la famille ou les aidants 3.

  • Aménager le lieu de vie, en particulier chambres et salles de bains : hauteur variable des lits, espaces libres pour les déplacements avec un appareillage, fauteuil de repos stable, douche sans seuil ni marche, barres d'appui, sécurisation des escaliers, bouton d'appel facile d'accès 1.
  • Évaluer le risque de chute dès l'arrivée, le réévaluer régulièrement, l'inscrire dans le dossier médical et prévoir un plan d'action tracé si le risque est avéré 1.
  • Évaluer le bénéfice et le risque des traitements susceptibles de provoquer des chutes, à chaque prescription ou renouvellement 1.
  • Généraliser l'activité physique et, si possible, sportive, et respecter les bonnes pratiques de chaussage 1.
  • Disposer de dispositifs de mobilisation et de relevage adaptés, avec des professionnels formés, y compris les intérimaires, et réaliser les mobilisations en binôme dès que possible 1.
  • Limiter le recours à la contention physique passive et, si elle ne peut être évitée, respecter les bonnes pratiques d'utilisation 2.
  • Veiller à la charge de travail : effectifs suffisants au regard des besoins, absences et postes vacants traités rapidement 3.

Comment repérer les résidents à risque ? La fiche-repère de la HAS

La fiche-repère de 2016, destinée aux EHPAD, liste des signes d'alerte : avoir déjà chuté, la peur de chuter, la présence d'ecchymoses, les troubles de l'équilibre 5.

Elle regroupe les facteurs de risque en trois familles. Les facteurs sociaux et psychologiques incluent la sédentarité et la consommation abusive d'alcool. Les facteurs environnementaux incluent les escaliers, les obstacles, le mauvais éclairage, le mobilier inadapté, les chaussures ou chaussons inadaptés et les aides techniques inadaptées 5.

Les facteurs médicaux ou paramédicaux incluent notamment certaines maladies articulaires, cardio-vasculaires, neuro-dégénératives, la baisse de la vision ou de l'audition, la dépression, la fatigue, la prise de plusieurs médicaments ou une modification du traitement, la dénutrition, la déshydratation, un état confusionnel brutal, les levers multiples la nuit et la contention 5.

Côté organisation, la fiche recommande un dispositif de veille, qui implique tous les professionnels, soignants ou non, un partage de l'analyse avec la personne et son entourage dans le respect des règles de partage d'informations, des réponses adaptées inscrites dans le projet personnalisé et la formation des professionnels 5.

Que recherche-t-on après une chute ? Les signes de gravité

La recommandation de 2009 vise les personnes de plus de 65 ans faisant des chutes répétées, c'est-à-dire au moins deux chutes sur 12 mois. Elle repose majoritairement sur un accord professionnel. Elle décrit la démarche d'un professionnel de santé, pas une consigne à appliquer soi-même 4.

Dans un premier temps, le professionnel recherche systématiquement les signes de gravité mettant en jeu le pronostic vital ou fonctionnel, puis, dans un second temps, les facteurs de risque. La recherche des signes de gravité repose sur un entretien avec la personne et son entourage et sur un examen centré sur les douleurs ou lésions traumatiques, l'équilibre, les transferts et la marche 4.

Parmi les signes de gravité listés figurent les traumatismes physiques modérés à sévères, l'impossibilité de se relever du sol et ses conséquences, le syndrome post-chute, les signes d'une maladie aiguë ayant provoqué la chute, et le caractère répétitif des chutes 4.

Trois situations sont reconnues comme à risque de chute grave : une ostéoporose avérée, la prise de médicaments anticoagulants, et l'isolement social et familial 4. Le rapport de 2026 relève de son côté que les déclarants signalent l'absence ou la méconnaissance de protocoles sur la conduite à tenir en cas de chute, en particulier pour les résidents sous anticoagulant 1.

Que surveiller après une chute, et quand alerter ? Le tableau

Le tableau ci-dessous ne contient que des éléments cités par la HAS. Il ne fixe aucun seuil chiffré de surveillance, car les documents lus n'en donnent pas pour un protocole en EHPAD. Les délais et les personnes à prévenir sont définis par la procédure de l'établissement, sous l'autorité du médecin coordonnateur et du médecin traitant.

Signes que la HAS demande de rechercher après une chute (documents lus le 16 octobre 2026)
Ce qui est recherchéPourquoi, selon la HASSuite indiquée par la sourceDocument
Douleur ou lésion traumatiqueTraumatismes physiques modérés à sévères : signe de gravitéExamen clinique ; radiographies si suspicion de fractureRecommandation 2009 4
Impossibilité de se relever du solPeut entraîner rhabdomyolyse, hypothermie, escarres, pneumopathie d'inhalation, déshydratationDosages sanguins prévus si le séjour au sol dépasse 1 heureRecommandation 2009 4
Malaise ou perte de connaissanceSigne d'une maladie aiguë possible à l'origine de la chuteÉlectrocardiogramme en cas de malaise ou de perte de connaissanceRecommandation 2009 4
Chutes qui se répètent, ou plus de 3 facteurs de risqueCaractère répétitif de la chute : signe de gravitéRecherche complète des facteurs de risque, sans s'arrêter au premierRecommandation 2009 4
Prise d'anticoagulants, ostéoporose, isolementTrois situations à risque de chute graveRepérage dans la procédure de l'établissementRecommandation 2009 4 et rapport 2026 1
Peur de chuter, restriction des activités, syndrome post-chuteSignes de gravité apparus à distanceRéévaluation de la personne dans un délai d'une semaineRecommandation 2009 4
Évolution clinique après une chute avec fractureElle permet de qualifier l'événement de graveDocumenter l'évolution pour la déclarationRapport 2026 1

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Comment signaler et analyser une chute ?

La HAS recommande de tracer l'ensemble des chutes dans le dossier médical du résident et de systématiser la déclaration des chutes graves. L'objectif est d'analyser les facteurs contributifs en équipe pluriprofessionnelle, causes immédiates et causes profondes, et de mettre en place des actions d'amélioration 3.

Un événement indésirable grave associé aux soins est un événement inattendu au regard de l'état de santé de la personne, dont les conséquences sont le décès, la mise en jeu du pronostic vital ou la survenue probable d'un déficit fonctionnel permanent 2. Pour les chutes avec fracture, la HAS demande de bien renseigner l'évolution clinique du résident, afin de justifier la déclaration en tant qu'événement grave 1.

Toutes les structures médico-sociales doivent par ailleurs déclarer obligatoirement les événements indésirables graves au sens du code de l'action sociale et des familles, qui ne sont pas nécessairement associés aux soins 1.

Le rapport note que certains protocoles existaient et étaient connus mais n'ont pas été respectés, dont la déclaration, la traçabilité et le suivi des chutes 1. Il relève aussi 102 défauts d'évaluation du risque de chute parmi les déclarations 1.

Comment rechercher la cause d'une chute ?

La recommandation de 2009 insiste sur la recherche des facteurs de risque : il est habituel d'en retrouver plusieurs chez un même patient, et la recherche ne doit pas s'interrompre si un facteur est identifié. La correction des facteurs de risque modifiables est la première étape de la prise en charge 4.

Le texte distingue des facteurs prédisposants, comme l'âge de 80 ans ou plus, la polymédication, les troubles de la marche ou de l'équilibre, la baisse de la vision, le syndrome dépressif ou le déclin cognitif, et des facteurs précipitants, d'ordre cardio-vasculaire, neurologique, vestibulaire, métabolique ou environnemental 4.

Ces éléments relèvent de l'évaluation d'un professionnel de santé. Une famille peut en revanche observer et rapporter ce qu'elle voit : lunettes inadaptées, chaussons glissants, éclairage, trajet nocturne vers les toilettes, changement récent de traitement ou de comportement 5.

Liste de contrôle après une chute : ce que la HAS permet de vérifier

Cette liste est une aide à la discussion avec l'établissement. Chaque point reprend une recommandation de la HAS et ne remplace pas la procédure locale ni l'avis du médecin.

  • La chute est-elle tracée dans le dossier du résident 3 ?
  • Un professionnel de santé a-t-il recherché les signes de gravité, notamment les lésions, l'impossibilité de se relever et les signes de maladie aiguë 4 ?
  • Le séjour au sol a-t-il été noté, y compris sa durée 4 ?
  • Le résident prend-il des anticoagulants, et la procédure en tient-elle compte 14 ?
  • Les traitements susceptibles de favoriser les chutes ont-ils été réexaminés 1 ?
  • Une réévaluation à distance est-elle prévue, avec attention à la peur de chuter et à la baisse d'activité 4 ?
  • Les causes ont-elles été recherchées en équipe, causes immédiates et causes profondes 3 ?
  • L'environnement de la chambre, de la salle de bains et du trajet a-t-il été revu 1 ?
  • La famille a-t-elle été informée, comme la HAS le recommande pour les résultats d'évaluation, et l'a-t-elle été sans retard 13 ?
  • La chute grave a-t-elle donné lieu à une déclaration, avec l'évolution clinique renseignée 1 ?

Que peuvent demander les familles à l'établissement ?

Les familles n'ont pas à connaître les détails d'un protocole médical, mais elles peuvent poser des questions simples, qui reprennent les recommandations de la HAS. L'établissement évalue-t-il le risque de chute à l'arrivée, puis régulièrement ? Existe-t-il une procédure écrite après une chute, connue de tous, intérimaires compris 3 ?

Comment la famille est-elle prévenue après une chute ? Le rapport de 2026 relève des retards ou des absences d'information vers les résidents et leurs familles sur certains événements graves, dont des chutes 1.

La page consacrée au choix d'une maison de retraite intègre ces questions dans sa liste de contrôle de visite. La page « que faire après une chute » traite des premiers gestes chez soi, et celle sur la prévention des chutes des mesures du quotidien.

Quand consulter ou alerter ?

Cette page informe sur les recommandations officielles. Elle ne décrit pas de conduite personnalisée. Après une chute, c'est un professionnel de santé de l'établissement ou le médecin traitant qui évalue la situation.

En cas de chute avec douleur importante, de perte de connaissance, d'impossibilité de se relever ou de changement brutal de l'état de la personne, appelez le 15 (SAMU) ou le 112. Si un proche a le sentiment que les chutes se répètent ou qu'elles ne sont pas prises en compte, il peut en parler à la direction, au médecin coordonnateur et au médecin traitant. Le 3977 est joignable en cas de suspicion de maltraitance.

Ces informations ne remplacent pas l'avis d'un professionnel de santé.

Questions fréquentes

Quel est le protocole en cas de chute d'un résident en EHPAD ?
La HAS ne publie pas, dans les documents lus, de protocole unique. Elle recommande que chaque établissement dispose d'une procédure écrite sur la conduite à tenir en cas de chute, connue de tous les professionnels, y compris les intérimaires 3.
Quelle surveillance après une chute chez une personne âgée ?
Pour les chutes répétées chez les plus de 65 ans, la HAS demande de rechercher les signes de gravité puis de réévaluer la personne dans un délai d'une semaine, pour repérer ceux apparus à distance. Elle décrit une démarche de professionnel de santé 4.
Une chute en EHPAD doit-elle être déclarée ?
La HAS demande de tracer toutes les chutes et de systématiser la déclaration des chutes graves. Toutes les structures médico-sociales doivent aussi déclarer les événements indésirables graves relevant du code de l'action sociale et des familles 13.
Pourquoi les anticoagulants sont-ils cités dans les protocoles ?
La HAS classe la prise d'anticoagulants parmi les trois situations à risque de chute grave. Le rapport de 2026 relève des protocoles absents ou méconnus pour les résidents sous anticoagulant 14.
Quels sont les signes d'alerte du risque de chute ?
La fiche-repère de la HAS cite le fait d'avoir déjà chuté, la peur de chuter, les ecchymoses et les troubles de l'équilibre. Ces signes servent à repérer un risque, pas à poser un avis médical 5.
La famille doit-elle être prévenue après une chute ?
La HAS recommande de transmettre les résultats de l'évaluation du risque et les actions de prévention aux acteurs de la prise en charge, y compris la famille ou les aidants. Elle relève par ailleurs des défauts d'information des familles 13.
Quelles causes recherche-t-on après une chute ?
Les facteurs prédisposants, comme la polymédication, les troubles de l'équilibre ou de la vision, et les facteurs précipitants, comme un malaise, une confusion, un vertige ou l'environnement. Plusieurs facteurs sont fréquents chez un même patient 4.
Faut-il aménager la chambre d'un résident à risque ?
La HAS recommande d'aménager chambre et salle de bains des résidents à risque : lit à hauteur variable, douche sans seuil, barres d'appui, suppression des tapis, bouton d'appel facile d'accès 3.

Sources

  1. 1. Haute Autorité de santé, Analyse des déclarations d'EIGS en lien avec les Ehpad, rapport adopté par le Collège le 2 juillet 2026. https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2026-09/dir1/_spa_379_rapport_eigs_ehpad_vd.pdf (lu le 16 octobre 2026)
  2. 2. Haute Autorité de santé, Analyse des déclarations d'EIGS en lien avec les Ehpad, page de synthèse (mise en ligne le 16 septembre 2026). https://www.has-sante.fr/jcms/p_4126767/fr/analyse-des-declarations-d-eigs-en-lien-avec-les-etablissements-d-hebergement-pour-personnes-agees-dependantes-ehpad (lu le 16 octobre 2026)
  3. 3. Haute Autorité de santé, Analyse des déclarations d'EIGS en lien avec une chute de patients (novembre 2021, mise à jour le 24 juin 2022). https://www.has-sante.fr/jcms/p_3348617/fr/analyse-des-declarations-de-la-base-de-retour-d-experience-nationale-des-evenements-indesirables-graves-associes-aux-soins-eigs-en-lien-avec-une-chute-de-patients (lu le 16 octobre 2026)
  4. 4. Haute Autorité de santé, Évaluation et prise en charge des personnes âgées faisant des chutes répétées (recommandation de bonne pratique, 2009). https://www.has-sante.fr/jcms/c_793371/fr/evaluation-et-prise-en-charge-des-personnes-agees-faisant-des-chutes-repetees (lu le 16 octobre 2026)
  5. 5. Haute Autorité de santé, Fiche-repère Chutes, volet Ehpad (juillet 2016). https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2023-04/fiche_repere_chutes_volet_ehpad_juillet_2016.pdf (lu le 16 octobre 2026)

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